Comparer une moto à une Rolls ?

Dernièrement, j’ai eu l’occasion d’essayer une superbe (quasi neuve) Honda CB1100 de 2014, en blanc, tout à fait comme sur la photo ci-dessous :

hondacb1100

La CB1100, une « néo-rétro » tout à fait réussie… Quoi qu’en pensent les inconditionnels de la CB750 !

La moto parait grosse et haute, mais, en fait, une fois en selle, j’étais tout aussi à l’aise que sur ma Guzzi Breva. Et, en roulant, c’est encore mieux : un moteur d’une onctuosité rare doublé d’une disponibilité incroyable, le moteur monte dans les tours avec une facilité incroyable.

Vous allez me dire « Bof, facile pour un 4 cylindres de ce cubage, c’est le contraire qui serait décevant »… Peut-être, mais cette machine est loin d’être une « copie insipide » de la fameuse Honda CB750 dont elle imite certains codes esthétiques, comme j’ai pu le lire çà et là… Au contraire, nous avons ici une moto parfaitement aboutie et tout à fait dans son rôle : elle vous permet d’apprécier souplesse et couple aux allures usuelles et, aujourd’hui, c’est bien ce qu’on demande.

Cette moto vous met en confiance, car, en plus d’un moteur idéal, elle freine super bien et tourne dans le creux de la main. J’ai même effectué quelques manoeuvres à très basse vitesse avec la même facilité qu’avec ma Breva qui semble pourtant bien moins encombrante. Cerise sur le gâteau, le bruit est réussi. Attention, on parle d’une machine ultramoderne là, donc, le bruit est souvent décevant avec les productions des dernières générations. Cette fois, c’est mieux qu’acceptable, c’est même tout à fait correct. Est-ce parce qu’il s’agit d’un moteur à refroidissement par air ou le pot quatre-en-un ou les deux ?

Bref, rien qui vient gâcher cet essai enchanteur, pas même un bruit raté. Et, cette fois, j’ai vraiment eu une impression neuve : celle de rouler avec une « Rolls sur deux-roues ». L’absence de bruit mécanique parasite, le son moteur réussi, la facilité de conduite, l’hyper disponibilité du moteur, tout cela vous met en confiance et en joie. Une Rolls du deux-roues, ça existe ? Alors, ça ressemblerait sans doute à la CB1100 !

Avouons-le, j’ai été à deux doigts d’acheter cette belle CB blanche mais, entretemps, j’avais fini par trouver ce que je cherchais depuis longtemps : une Suzuki GS750 en parfait état !
En effet, je cherchais ce modèle précis depuis un certain temps tout simplement parce que c’est une moto réussie avec une ligne qui ne l’est pas moins (elle fit un tabac à sa sortie, j’en parle déjà ici). En fait, cette machine fait partie du cercle restreint des motos qui m’ont fait rêver quand j’étais ado (l’autre est la Z1000 que j’ai en Floride…). J’avais donc une belle occasion de cocher cette case… Je suis allé loin pour la trouver, mais elle était conforme à mon attente : en parfait état, totalement fonctionnel et avec très peu de kilomètres (moins de 2000 miles, car c’est une machine qui a d’abord atterri aux USA en 1976…). La GS750 (voir photo ci-dessous) est une machine étonnante : elle freine correctement (oui, même avec un seul disque à l’avant… pour une moto de cette époque, c’est carrément rare !), tient -relativement si on compare à la Z1000- bien la route et affiche une sérieuse santé côté moteur.

gs750-1976

La GS750 « dans son jus »… Mais il est rare de trouver une machine de cet âge dans un état pareil ! Et encore, c’et même mieux en vrai…

Pourquoi avoir choisi cette machine ancienne (elle a 40 ans quand même !) et donc imparfaite à bien des égards alors que je venais de trouver une moto moderne, mais avec un look classique qui était bonne sur tous les plans ?
Eh bien on est ici dans toute l’irrationalité des choix !

La Honda était sans doute -quasiment- parfaite, mais elle n’avait pas -encore- d’histoire. La GS a quelques défauts et limites, mais elle représente réellement quelque chose dans l’Histoire récente de la moto… C’est toute la différence !

En 1976/1977, nous sommes au début de la course à la performance que vont se livrer les Japonais pour les vingt ans à venir. Mais, à cette époque, ils produisent encore des « machines universelles » qui présentent un certain charme. De plus, nous sommes ici face à un cas précis : cette machine m’a fait rêver, du haut de mes 16 ans (alors que je devais me contenter d’une Honda 125 SL) et ça, ça ne s’explique pas, ça se vit. Pouvoir, quarante ans après, mettre enfin la main sur cette moto, ce n’est pas quelque chose à laquelle je pouvais renoncer facilement…

La belle GS n’est pas aussi vive dans les enchaînements que ma Breva. Elle accélère fort, certes, mais à condition d’essorer la poignée alors que la Guzzi se jette en avant avec facilité à la moindre sollicitation. Bref, il y a plusieurs générations d’écart entre les deux machines et ça se sent. Mais, je suis complètement ravi d’avoir cette moto dans mon garage français !