Essai d’une moto électrique : la Zero S… L’avenir de la moto ?

Il y a deux semaines, j’ai eu l’occasion d’essayer brièvement la version 2014 du modèle S de Zero Motortycle, grâce à Hap’s Cycle. Il y avait longtemps que je voulais rouler avec ce type d’engin, car j’imaginais que c’était bien différent des motos à moteur thermique et boite de vitesses. Bon, c’était effectivement forcément différent, mais différent comment ?

C’est justement ce que ce court essai allait me révéler. Beau soleil, pas de vent, pas trop de trafic, des conditions idéales. David de Hap’s Cycle m’explique les particularités de la moto et me souhaite un bon test.

La Zero S sur le parking de Hap's Cycle (Sarasota, Floride).

La Zero S sur le parking de Hap’s Cycle (Sarasota, Floride).

Je prends la route, tout d’abord gentiment afin de me familiariser avec l’engin. En fait, il n’y a rien à apprendre, car il n’y a pas plus simple : pas de boite de vitesse, pas de levier d’embrayage, pas de moteur qui peut caler, rien qu’une poignée (de gaz ?) à tourner et des freins pour contrôler le tout (à leurs emplacements habituels). Du coup, on a une sensation de liberté vraiment totale : jamais cette machine ne vient vous poser le moindre problème, la moindre exigence. On peut tout oublier avec elle, pas de rappel à l’ordre à redouter. Le moteur ne cale pas (ne peut pas caler même) et donc, s’arrêter à un carrefour se fait sans y penser. Cette liberté permet des évolutions à basse vitesse avec une aisance jamais vue : c’est encore mieux qu’avec une moto de trial !

Vous pouvez tourner dans le creux de la main à des vitesses ridiculement faibles, car la traction du moteur vous permet de garder l’équilibre même en évoluant plus lentement qu’au pas, c’est génial !

Mais cette machine ne se contente pas d’aller lentement, elle peut aller vite aussi. En fait, elle va vite tellement rapidement que s’en est déconcertant. Au démarrage d’un feu vert, je laisse tellement les autres sur place (dans le rétro, il semble qu’ils n’ont même pas bougé !) que je me demande si je n’aurais pas grillé le feu rouge des fois ?
Mais non, c’est simplement que la Zero S est un redoutable dragster silencieux. Oui, comme vous vous en doutez, tout cela se fait sans un bruit et cela ajoute au manque de sensation. Du coup, il faut jeter un œil au compteur pour se rendre compte que, wow, je suis déjà à 70PMH (un peu plus de 110 km/h), le tout en un battement de paupière (ou presque) !

Les accélérations sont tellement fulgurantes que j’ai pu rejoindre immédiatement un motard que je venais d’apercevoir en lui laissant le passage, il fut plus que surpris de me voir à sa hauteur l’instant d’après… C’est la moto de superman !
Mais le plus surprenant, c’est que tout cela se fait sans effort, presque sans sensation tellement la puissance (débordante, surtout pour le poids réduit) est délivrée avec progressivité. Le freinage avant est à la hauteur alors que l’arrière est trop dur. J’ai bien aimé la position de conduite, pas trop en avant comme c’est trop souvent le cas avec les roadsters modernes comme la Yam MT07.

Le bilan est donc plus que nettement favorable, qu’il faudrait bien sûr pouvoir confirmer avec un essai de plus longue durée, histoire vérifier l’autonomie par exemple (il y a plusieurs modes sélectionnables avec un bouton pour le moteur, histoire de gérer cet important aspect au mieux). Je suis sorti de cet essai assez impressionné en me demandant si ce type de moto ne représentait pas l’avenir, tout simplement…

Et puis, quelques jours après, j’ai repris ma Z1000 pour aller faire une petit balade avec mes copains floridiens. Et là, j’ai eu la révélation : oui, la Zero représente une certaine forme de l’avenir de la moto, mais il faut comprendre que c’est une déclinaison spécifique de notre plaisir de rouler. Je m’explique : la Zero est très efficace, elle fait tout bien dans son registre. Mais il lui manque quand même quelque chose, quelque chose d’important, de crucial que j’ai retrouvé aussitôt avec la grosse Kawa : la vie. La Z1000 parait vivante avec son bruit et ses — faibles — vibrations. Elle a besoin d’être accompagnée pour se déplacer et accélérer (lâcher l’embrayage, passer les rapports). C’est là une différence énorme… Avec la Zero, vous êtes sur un nuage qui bouge (vite). Avec la Z1000, vous êtes en symbiose avec un engin qui vit, nuance.

Attention, je ne suis pas en train de dire que la Zero ne distille aucune sensation. Simplement, c’est très-très filtré, très atténué, il n’y a que la vitesse et l’efficacité. Avec la Kawa (ou n’importe quelle autre moto classique), vous retrouvez un engin connu, comme un vieux cheval que vous connaissez par cœur, mais qu’il faut manier d’une certaine façon pour obtenir quelque chose de sa part… Donc, la moto électrique va être 100 % naturelle pour les jeunes générations et ces motards-là vont en apprécier chaque minute. Mais les anciennes générations sauront qu’il existe autre chose et continueront à rouler classique.